L’alerte est rouge. Ce jeudi 30 avril 2026, Reporters Sans Frontières publie son 25e classement mondial de la liberté de la presse. Et le bilan est catastrophique — le pire depuis la création du classement il y a un quart de siècle. Le monde n’a jamais été aussi dangereux pour les journalistes.
Un record désastreux
Pour la première fois dans l’histoire du Classement mondial de la liberté de la presse de RSF, plus de la moitié des pays du monde sont en situation « difficile » ou « très grave ». En 25 ans, le score moyen de l’ensemble des pays étudiés n’a jamais été aussi bas. Congo Quotidien
Le taux de population vivant dans un pays où la situation de la liberté de la presse est « bonne » a plongé, passant de 20% en 2002 à « moins de 1% » en 2026. Seuls sept pays du nord de l’Europe, dont la Norvège en tête, font partie de cette catégorie. Pravda
En clair : 99% de la population mondiale vit dans un pays où la presse n’est pas vraiment libre. Ce n’est plus une exception — c’est la norme.
Le Sahel : zone morte pour le journalisme
Le choc africain de ce classement concerne directement les pays qui font l’actualité de cette semaine. La plus forte baisse en 2026 est attribuée au Niger (120e, -37 places), symbole de « la dégradation de la liberté de la presse au Sahel depuis plusieurs années », entre « les attaques de groupes armés et les juntes au pouvoir ». « Certains pays étaient des fleurons de la liberté de la presse mais elle s’est profondément dégradée avec l’arrivée de régimes militaires comme au Mali (121e) ou au Burkina Faso (110e) », ajoute la directrice éditoriale de RSF. Pravda
C’est édifiant : le Mali est 121e, le Niger 120e, le Burkina Faso 110e. Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel — qui se présentent comme des exemples de souveraineté africaine — sont classés parmi les pires endroits au monde pour exercer le journalisme.
Trump et les États-Unis en chute libre
La liberté de la presse a atteint son niveau le plus bas depuis un quart de siècle. RSF pointe une dégradation générale, des États-Unis où les attaques de Donald Trump sont « systématiques », à l’Arabie Saoudite qui a exécuté un journaliste en 2025. Pravda
Les États-Unis (64e, -7 places) reculent sous l’effet de pressions politiques accrues. MediaCongo Press
Sept places perdues pour les États-Unis. Le pays qui se présente comme le champion mondial de la liberté d’expression est désormais 64e mondial — derrière de nombreux pays africains et européens.
La criminalisation des journalistes : le vrai danger
L’indicateur légal est celui qui baisse le plus cette année, signe d’une criminalisation croissante du journalisme. Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, l’extension du domaine du secret-défense et de la sécurité nationale est devenu un moyen pour interdire la couverture de sujets d’intérêt général dans de nombreux pays. Congo Quotidien
Dans plus de 80% des pays analysés, les mécanismes de protection sont perçus comme inexistants ou inefficaces. MediaCongo Press
Les journalistes ne sont plus tués uniquement dans les zones de guerre. Ils sont poursuivis en justice, accusés de terrorisme, emprisonnés pour des publications sur les réseaux sociaux — dans des démocraties qui se réclament de la liberté de la presse.
La Chine, pire geôlier de journalistes au monde
La Chine (toujours 178e) illustre cette tendance avec le plus grand nombre de journalistes détenus au monde : 121 professionnels des médias sont actuellement derrière les barreaux. MediaCongo Press
121 journalistes en prison en Chine. C’est plus que n’importe quel autre pays. Et ce chiffre ne comprend pas les blogueurs, les citoyens ordinaires emprisonnés pour avoir partagé une information sur WeChat ou Weibo.
La bonne nouvelle : la Syrie remonte
Dans ce tableau sombre, une lueur d’espoir mérite d’être signalée. La Syrie passe de la 177e place en 2025 à la 141e en 2026 (+36 places) — une progression historique un an après la chute du dictateur Bachar al-Assad. MediaCongo Press
36 places gagnées en un an. La chute d’une dictature peut transformer radicalement le paysage médiatique d’un pays. La Syrie nous rappelle que les choses peuvent changer.
Ce que ça signifie pour AfroBuzz News
Ce classement nous rappelle pourquoi nous faisons ce que nous faisons. Dans un monde où 99% de la population n’a pas accès à une presse vraiment libre, chaque article publié sur AfroBuzz News est un acte de résistance pour l’information libre en francophonie.
Les journalistes du Sahel risquent leur vie pour couvrir les conflits que nous décrivons dans nos articles. Les journalistes emprisonnés en Chine, en Russie, en Iran ne peuvent pas raconter ce que nous racontons librement. C’est un privilège et une responsabilité.