C’est le sommet le plus important dans les relations franco-africaines depuis une décennie. Les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, Emmanuel Macron a réuni des dizaines de chefs d’État africains, des milliers d’entrepreneurs et d’acteurs de la société civile pour ce qu’il a lui-même appelé « une nouvelle philosophie » dans les relations entre la France et l’Afrique. Et les mots qu’il a prononcés sur le sol kenyan vont résonner longtemps.
Un sommet historique à plus d’un titre
Le Kenya et la France ont organisé conjointement le sommet Africa Forward, les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi. Il s’agit du premier sommet de ce type organisé dans un pays d’Afrique anglophone, incarnant la volonté pour Paris d’élargir les partenariats au-delà de l’ancien pré carré français. port
Plus de 2 000 acteurs politiques, économiques et de la société civile, dont des sportifs de haut niveau reconnus mondialement, y ont assisté. ghanaweb
Deux mille personnes. Des chefs d’État du continent entier. Et pour la première fois, un sommet France-Afrique organisé dans un pays anglophone — le Kenya. Le signal est fort : Paris veut dépasser ses anciennes colonies francophones et construire des relations avec toute l’Afrique.
« L’Afrique n’est plus le pré carré de la France »
Emmanuel Macron a déclaré que « l’Afrique n’est plus le pré carré de la France ». tvwish
Cette phrase — prononcée sur le sol africain devant des présidents africains — est une rupture symbolique majeure avec l’héritage de la Françafrique. Le « pré carré » désigne depuis des décennies l’ensemble des pays africains francophones que la France considérait comme sa zone d’influence exclusive. Le reconnaître publiquement, c’est admettre que le monde a changé.
Le Mali répond fermement
Mais tous n’ont pas apprécié cette déclaration. Le Mali — en pleine crise sécuritaire après les attaques du 25 avril — a réagi avec véhémence aux propos de Macron qui estimait que Bamako avait eu tort de chasser les troupes françaises en 2021.
L’ancien Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga a vivement réagi aux propos du président français, accusant la France de vouloir réécrire l’histoire. Euronews
Cette passe d’armes illustre parfaitement le paradoxe de ce sommet : Macron veut refonder les relations franco-africaines, mais les cicatrices des relations passées — notamment au Sahel — saignent encore.
Des investissements concrets au Kenya
Au-delà des discours, le sommet Africa Forward a produit des engagements financiers significatifs. La France, à travers l’AFD, a signé cinq accords avec le gouvernement du Kenya pour un montant total d’environ 170 millions d’euros, portant sur des investissements stratégiques dans les énergies propres et la connectivité numérique. ghanaweb
170 millions d’euros pour le Kenya. Des accords sur les énergies renouvelables et le numérique. C’est le type de partenariat que Macron veut promouvoir — pas l’aide au développement traditionnelle, mais l’investissement économique et technologique.
La jeunesse au cœur des discussions
La première journée du sommet était consacrée à la jeunesse. À l’Université de Nairobi, Macron et le Président kenyan William Ruto ont participé à une séquence intitulée « Future Makers ». Euronews
Macron a rappelé les grands rendez-vous sportifs africains à venir : les Jeux olympiques de la Jeunesse au Sénégal en 2026, la CAN 2028 au Kenya, Tanzanie, Ouganda, et la Coupe du monde 2030 avec le Maroc. Euronews
Le sport comme vecteur de la relation franco-africaine — une approche nouvelle qui reconnaît le soft power africain et la place croissante du continent dans l’économie mondiale du sport.
Les Jeux olympiques de la Jeunesse au Sénégal
Une information passée inaperçue dans ce sommet : les Jeux olympiques de la Jeunesse auront lieu au Sénégal en 2026. C’est la première fois qu’un pays africain accueille les JOJ. Une fierté pour tout le continent, et particulièrement pour la communauté sénégalaise — la plus nombreuse parmi les visiteurs d’AfroBuzz News.
Ce que ça signifie pour l’Afrique
Ce sommet Africa Forward marque-t-il vraiment un tournant dans les relations franco-africaines ? Les sceptiques sont nombreux. Les discours de rupture n’ont pas manqué depuis les indépendances — mais la Françafrique a toujours survécu sous une forme ou une autre.
Ce qui est différent en 2026, c’est le contexte. La France a perdu le Mali, le Niger et le Burkina Faso. La Russie, la Chine et la Turquie avancent partout. Si Macron ne change pas vraiment les modalités du partenariat franco-africain, d’autres rempliront le vide. Le choix est simple : évoluer ou disparaître de la scène africaine.