Pendant que des soldats meurent dans le golfe Persique et que des familles paient leur essence plus cher chaque semaine, une entreprise française affiche le plus grand bénéfice trimestriel de son histoire. TotalEnergies vient de publier des résultats qui ont déclenché une tempête politique en France — et qui méritent l’attention de toute la francophonie.
Le chiffre qui scandalise la France
TotalEnergies dévoile un bénéfice trimestriel record de 5,8 milliards de dollars, en hausse de 51%, grâce à la flambée des cours du pétrole liée au conflit au Moyen-Orient. Euronews
5,8 milliards de dollars. En trois mois. Soit 64 millions de dollars de profit chaque jour. Soit 2,7 millions de dollars de bénéfice à chaque heure du jour et de la nuit. Pendant que la guerre fait rage dans le golfe Persique, TotalEnergies encaisse.
La mécanique cynique du profit de guerre
Comment est-ce possible ? La réponse est aussi simple que troublante. La courbe des prix pétroliers depuis décembre 2025 dessine une ascension fulgurante. De 73 dollars le baril de Brent fin février, les cours ont bondi jusqu’à 110 dollars aujourd’hui, enregistrant une hausse de plus de 50% en l’espace de deux mois. nna-leb
Début avril, le Financial Times avait révélé que TotalEnergies avait généré plus d’un milliard de dollars de gains en achetant au Moyen-Orient la quasi-totalité des cargaisons de pétrole exportables, sans passer par le détroit d’Ormuz. Une opération hors normes que l’entreprise n’a jamais démentie. Downmagaz
La logique est implacable : TotalEnergies achète du pétrole avant que les prix n’explosent, puis le revend au prix fort. Plus la guerre dure, plus les prix montent, plus les profits s’envolent.
La réaction politique : la gauche en ébullition
La publication de ces résultats a immédiatement mis le feu aux poudres politiques en France. « Total profite de la guerre pour faire exploser ses bénéfices », a dénoncé l’Insoumise et vice-présidente de l’Assemblée nationale, Clémence Guetté, tandis que Greenpeace France a évoqué une « logique cynique » alors que « les ménages paient le prix fort à la pompe ». Downmagaz
Les socialistes ont annoncé leur intention de déposer une proposition de loi afin de taxer « les superprofits des profiteurs de crise ». Downmagaz
Greenpeace exhorte le gouvernement français à « prendre ses responsabilités » en instaurant des « taxes supplémentaires sur les profits des multinationales polluantes » et d’affecter ces recettes fiscales au « financement de la réduction de la facture d’énergie des ménages les plus précaires ». nna-leb
Macron en mode pompier
Face à la controverse, le président français a dû réagir. Emmanuel Macron a appelé le gouvernement à étudier « d’éventuelles nouvelles réponses » face à la hausse des prix des carburants. nna-leb
La porte-parole du gouvernement a tenté de ménager la chèvre et le chou : « Il y a une chose qui est claire : personne ne doit profiter de cette crise et aucun superprofit ne doit être réalisé, a fortiori en France », tout en qualifiant TotalEnergies de « grand énergéticien français ». nna-leb
TotalEnergies récompense ses actionnaires
Pendant que les ménages souffrent, les actionnaires de TotalEnergies font la fête. Fort de ces performances, le groupe a décidé de gratifier ses actionnaires avec un dividende en hausse de 5,9%, à 0,90 euro par action, tandis qu’un programme de rachat d’actions de 1,5 milliard de dollars est programmé. Downmagaz
C’est la « plus forte croissance de dividende parmi les majors pétrolières » selon le PDG Patrick Pouyanné — une déclaration qui n’a évidemment pas contribué à calmer les esprits.
Ce que ça signifie pour l’Afrique
Cette affaire dépasse largement les frontières françaises. TotalEnergies est le premier investisseur pétrolier en Afrique subsaharienne — présent au Nigeria, en Angola, en RDC, au Gabon, au Sénégal, en Mozambique et dans de nombreux autres pays.
Les bénéfices records de TotalEnergies sont en partie générés grâce aux ressources naturelles africaines. Quand le pétrole sénégalais ou angolais est vendu à 110 dollars le baril et que le bénéfice repart vers Paris et les actionnaires européens, la question de la juste rémunération des pays producteurs africains se pose avec une acuité particulière.
Par ailleurs, la hausse des prix du carburant frappe de plein fouet les pays africains importateurs — Sénégal, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Mali — qui voient leurs factures énergétiques exploser sans bénéficier des superprofits que génère cette guerre.
La question fondamentale
TotalEnergies respecte les lois. Elle fait son métier : acheter au meilleur prix, vendre au prix du marché, maximiser ses profits pour ses actionnaires. C’est la logique du capitalisme. Mais quand ces profits record sont générés grâce à une guerre qui tue des milliers de personnes et appauvrit des millions de familles, la question de l’éthique des affaires se pose inévitablement.
Profiteur de crise ou génie des marchés ? La réponse dépend de quel côté de la pompe à essence on se trouve.