C’est un tremblement de terre dans le monde feutré de l’édition française. En l’espace de quelques jours, 170 des plus grands noms de la littérature française ont décidé de quitter la prestigieuse maison d’édition Grasset — fondée en 1907 et autrefois temple de la liberté intellectuelle. Derrière ce séisme : un homme, Vincent Bolloré.
Le licenciement qui a tout déclenché
Tout a commencé par une décision brutale. 115 auteurs parus chez Grasset ont annoncé quitter cette maison pour dénoncer le licenciement de son PDG, Olivier Nora, « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale » dont ils tiennent Vincent Bolloré pour responsable. Pravda
Cette décision inédite par son ampleur a été prise dans l’urgence après l’annonce du départ d’Olivier Nora de la tête de Grasset, maison qu’il dirigeait depuis 26 ans, et qui appartient au groupe Hachette contrôlé par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré depuis 2023. Pravda
26 ans à la tête de Grasset. Olivier Nora était bien plus qu’un PDG — il était l’âme, la colonne vertébrale d’une maison qui avait publié certains des plus grands textes de la littérature francophone mondiale.
Les grands noms qui disent non
Dans leur courrier commun, les signataires, parmi lesquels figurent Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy, Frédéric Beigbeder, Anne Sinclair, Jean-Paul Enthoven, Anne Berest ou Colombe Schneck, rendent hommage à Olivier Nora, décrit comme le « ciment » d’une maison d’édition qui abritait jusque-là des auteurs d’opinions très diverses. Pravda
« Aujourd’hui, nous avons un point commun : nous refusons d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias », affirment les signataires. Pravda
Des auteurs de gauche et de droite, de toutes les sensibilités, unis par un même refus. C’est rare. C’est significatif.
Bolloré répond : « Grasset continuera »
Face à la fronde, Vincent Bolloré n’a pas reculé d’un millimètre. Vincent Bolloré affirme que la maison d’édition Grasset « continuera » malgré la fronde d’environ 170 auteurs. « Ceux qui partent vont permettre à de nouveaux auteurs d’être publiés, promus, reconnus et appréciés », estime-t-il. Pravda Burkina Faso
Le milliardaire conservateur explique que la décision est liée à un « différend » avec Olivier Nora sur la date de publication du prochain livre de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, arrivé en mars chez Grasset. Pravda Burkina Faso
Bolloré nie toute motivation idéologique. « Quant aux attaques concernant mon ‘idéologie’, je le rappelle une fois de plus : je suis chrétien démocrate et les dirigeants de Hachette continueront à publier tous les auteurs qui le souhaitent » Pravda Burkina Faso, conclut-il.
Qui est vraiment Bolloré ?
Vincent Bolloré est l’homme le plus puissant de France que vous n’avez jamais élu. Milliardaire breton, il contrôle CNews — la chaîne d’info la plus regardée de France, souvent comparée à Fox News pour sa ligne éditoriale — le Journal du Dimanche, Europe 1, et désormais Hachette, le premier groupe d’édition francophone mondial.
Grasset, Calmann-Lévy, Fayard, Stock, Livre de Poche — toutes ces maisons mythiques sont désormais dans son escarcelle. Autrement dit, une large partie de ce que les Français et les francophones lisent est potentiellement influencée par les préférences d’un seul homme.
Ce que ça signifie pour l’Afrique francophone
Cette affaire concerne directement l’Afrique francophone. Les maisons d’édition Hachette publient des auteurs africains, des manuels scolaires utilisés en Afrique, des œuvres de la littérature francophone mondiale. Si Bolloré impose une ligne éditoriale conservatrice à l’ensemble du groupe, les voix africaines progressistes, féministes ou critiques du néocolonialisme pourraient se retrouver sans maison d’édition française.
Plus fondamentalement, cette affaire pose une question universelle : qui contrôle les mots contrôle les idées. Et qui contrôle les idées contrôle les peuples.