C’est l’histoire la plus insolite et la plus touchante de la semaine. 80 hippopotames descendants du zoo privé du plus célèbre narco-trafiquant de l’histoire vont être abattus en Colombie. Mais un milliardaire indien vient de proposer de les sauver — et de les transporter en Inde.
L’héritage animalier de Pablo Escobar
Tout commence dans les années 1980, en Colombie. Pablo Escobar, le baron de la drogue le plus riche et le plus redouté du monde, avait fait construire un zoo privé gigantesque sur son domaine Hacienda Nápoles. Parmi les animaux importés illégalement : quatre hippopotames — trois femelles et un mâle — venus des États-Unis.
Quand Escobar est abattu sur un toit de Medellín en décembre 1993, personne ne sait quoi faire de ses animaux. La plupart sont transférés dans des zoos. Mais les hippos — trop lourds, trop dangereux, trop coûteux à déplacer — sont abandonnés sur place.
La suite, vous la devinez. Sans prédateurs naturels, sans contrainte, dans un pays au climat tropical parfait pour eux, les hippos se sont reproduits. Et reproduits. Et reproduits encore.
160 hippos incontrôlables
Depuis leur abandon, leur population a explosé pour atteindre environ 160 individus, et leur présence met désormais en danger les espèces natives. Journal Du Token
Ces animaux — surnommés « hippos de cocaïne » non pas parce qu’ils consomment de la drogue, mais parce qu’ils appartiennent à l’héritage d’Escobar — ont colonisé le fleuve Magdalena, le plus important de Colombie. Ils attaquent des pêcheurs, détruisent les berges, perturbent l’écosystème local de manière irréversible.
Le gouvernement colombien a donc pris une décision radicale : abattre 80 de ces animaux pour contrôler la population.
Le fils du homme le plus riche d’Inde veut les sauver
C’est là qu’entre en scène Anant Ambani, fils de Mukesh Ambani — l’homme le plus riche d’Inde et PDG de Reliance Industries, le plus grand conglomérat privé du pays.
Le fils du milliardaire indien a proposé de recueillir les hippopotames descendants de ceux introduits en Colombie par Pablo Escobar, afin d’éviter qu’ils ne soient abattus. Via
Ambani a demandé au gouvernement colombien de reconsidérer sa décision, proposant de les héberger dans son centre de sauvetage. « Ces 80 hippos n’ont pas choisi où naître, ni créé les circonstances auxquelles ils font maintenant face », a-t-il déclaré dans un message sur les réseaux sociaux. Journal Du Token
Ces animaux, dit-il, « sont des êtres vivants et sensibles, et si nous avons la capacité de les sauver grâce à une solution sûre et humaine, nous avons la responsabilité d’essayer. » Journal Du Token
Le méga-zoo indien
Anant Ambani a indiqué avoir soumis un plan détaillé pour offrir un nouveau foyer à ces animaux dans son centre animalier Vantara, proche de Reliance Jamnagar, présentée comme la plus grande raffinerie de pétrole brut du monde. Via
Vantara abrite plus de 150 000 animaux appartenant à plus de 2 000 espèces sauvages, selon son site officiel. Ambani se décrit comme un amoureux des animaux. « Dans les animaux, je vois Dieu, et Vantara est un temple », dit-il. Journal Du Token
Le défi logistique colossal
Mais sauver 80 hippopotames et les transporter de la jungle colombienne jusqu’en Inde, c’est une opération d’une complexité absolument folle. Chaque hippo pèse entre 1 500 et 2 000 kilos. Ils sont parmi les animaux les plus dangereux de la planète — ils tuent plus de personnes en Afrique chaque année que presque n’importe quel autre grand animal.
La proposition d’Ambani prévoit une capture et un transport encadrés par des vétérinaires, ainsi que la création d’un habitat naturaliste conçu sur mesure pour les hippopotames. Via
L’Afrique au cœur de l’histoire
Cette histoire a un lien profond avec l’Afrique. L’hippopotame est un animal emblématique du continent africain — présent dans les fleuves et les lacs du Sénégal à la Tanzanie en passant par la RDC et le Zimbabwe. C’est un animal sacré dans de nombreuses cultures africaines, symbole de force et de fertilité.
Voir des hippos africains devenus « hippos de cocaïne » en Colombie, puis peut-être « hippos de milliardaire » en Inde, c’est une métaphore étrange de la mondialisation et de ses excès.
La vraie question reste entière : qui a le droit de décider du sort de ces animaux ? Le gouvernement colombien qui veut protéger son écosystème ? Le milliardaire indien qui veut les sauver ? Ou personne — parce que ces animaux, comme leur propriétaire original, sont simplement les victimes d’un monde où les riches et les puissants font toujours leurs propres règles ?