Pendant 72 heures, le monde entier a retenu son souffle. Le général Assimi Goïta, chef de la junte malienne, avait disparu de la scène publique depuis le début des attaques du 25 avril. Pas une image. Pas un mot. Un silence qui alimentait les pires rumeurs sur son sort et sur l’avenir du Mali. Mardi soir, il est finalement apparu à la télévision nationale. Mais son discours a soulevé autant de questions qu’il en a résolues.
72 heures de silence qui ont tout dit
Assimi Goïta n’avait fait aucune apparition publique ni déclaré quoi que ce soit pendant trois jours, alimentant les doutes quant à sa capacité à se maintenir au pouvoir, mais mardi soir — quelques heures après les menaces des djihadistes de bloquer la capitale Bamako — il a prononcé un discours à la nation sur la télévision d’État. MSN
Trois jours sans apparition d’un chef d’État après une attaque d’une telle ampleur, c’est trois jours pendant lesquels les rumeurs les plus folles ont circulé sur les réseaux sociaux. Était-il blessé ? Avait-il fui ? Négociait-il en secret ? Son silence lui-même était devenu une information majeure.
Le discours : rassurant en surface, inquiétant en profondeur
« La situation est maîtrisée », a-t-il assuré lors d’une allocution télévisée sur la chaîne publique ORTM. Euronews
Malgré la gravité des événements ayant touché Bamako, Kati, Konna, Mopti, Gao et Kidal, le chef de l’État a assuré que la situation est désormais maîtrisée grâce au professionnalisme des Forces armées maliennes. college-de-france
Mais dans la même allocution, il a reconnu une réalité bien plus sombre. Le dirigeant a toutefois reconnu une situation d' »extrême gravité » pour le pays, appelant la population à ne pas céder à la « division ». Euronews
Comment la situation peut-elle être à la fois « maîtrisée » et d' »extrême gravité » ? C’est la contradiction au cœur du discours de Goïta — et les Maliens ne sont pas dupes.
L’hommage à Sadio Camara
Le moment le plus poignant du discours a été l’hommage rendu au Général Sadio Camara, Ministre d’État, ministre de la Défense nationale, dont la disparition a été officiellement confirmée. Qualifiant cette perte d' »immense pour la Nation malienne », le Général Goïta a salué la mémoire d’un officier valeureux ayant servi avec loyauté. Euronews
Sadio Camara n’était pas seulement le ministre de la Défense. Il était le cerveau stratégique derrière le rapprochement du Mali avec la Russie, l’architecte du partenariat avec l’Africa Corps. Sa mort laisse un vide immense au sein de la junte.
Un « plan de déstabilisation » avec des complices internes
Réaffirmant le choix stratégique du Mali pour la souveraineté et la dignité, le Général Assimi Goïta a martelé qu’aucune intimidation ne saurait inverser la marche du pays vers sa refondation. Il a exhorté les citoyens à la vigilance, à la collaboration avec les services de renseignement et à la résistance face à la désinformation. college-de-france
Selon le chef d’État, ces attaques « complexes, coordonnées et simultanées » s’inscrivent dans « un vaste plan de déstabilisation conçu et exécuté par des groupes armés terroristes et des sponsors internes et externes, qui leur fournissent du renseignement et des moyens logistiques. » France 24
Des « sponsors internes ». C’est la partie la plus explosive du discours. Goïta accuse explicitement des Maliens d’avoir aidé les assaillants de l’intérieur. Dans un pays où la méfiance et les purges politiques sont monnaie courante, cette accusation ouvre la porte à une vague de répression.
La Russie réaffirme son soutien
Avant son allocution télévisée, Assimi Goïta avait reçu l’ambassadeur de Russie dans le pays, selon la présidence malienne. Les deux parties ont évoqué la situation actuelle. Euronews
Saluant la coopération au sein de la Confédération des États du Sahel et le partenariat stratégique avec la Fédération de Russie, le chef de l’État a conclu son adresse en assurant que le Mali triomphera de cette épreuve. Euronews
Moscow tient à son allié sahélien coûte que coûte. Perdre le Mali serait un camouflet géopolitique majeur pour Poutine en Afrique — d’autant que les mercenaires de l’Africa Corps se sont retrouvés assiégés et dépassés lors des attaques.
Les djihadistes toujours en position
Mais pendant que Goïta parlait de « situation maîtrisée » à la télévision, la réalité sur le terrain était bien différente. Les djihadistes et les séparatistes touaregs sont toujours positionnés dans le nord du Mali, trois jours après avoir lancé une vague d’attaques. MSN
Kidal reste sous contrôle rebelle. Les combats se poursuivent dans plusieurs zones. Et le JNIM — le groupe jihadiste lié à Al-Qaïda — a même menacé d’encercler complètement Bamako.
Ce que ça signifie pour la région
Le Mali est au bord du précipice. Si Goïta tombe, si la junte s’effondre, c’est toute la stratégie russe en Afrique de l’Ouest qui s’effondre avec elle. Et pour les pays voisins — Sénégal, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Niger — c’est une onde de choc sécuritaire dont les conséquences sont imprévisibles.
Le silence de 72 heures d’Assimi Goïta aura peut-être été le moment le plus révélateur de cette crise. Un chef d’État qui disparaît après l’attaque la plus grave de son pays depuis 15 ans n’est pas un chef d’État serein. C’est un homme qui cherche à survivre.